JMUP
Recrutement

Réussir une période d'essai : ce qui se joue dans les six premières semaines

Le poste est prêt. Reste à vérifier, en quelques semaines, l'hypothèse formulée à l'embauche.
Le poste est prêt. Reste à vérifier, en quelques semaines, l'hypothèse formulée à l'embauche. Photographie sous licence CC0, via StockSnap

La plupart des dirigeants savent dès la sixième semaine si une embauche va tenir. Peu en tirent les conséquences à temps, et le coût de cette hésitation est toujours supporté par l'entreprise.

La période d'essai est souvent vécue comme un délai de grâce : on observe, on espère, on verra bien. C'est un contresens. L'essai n'est pas une attente, c'est une vérification. Il sert à confirmer ou à infirmer une hypothèse formulée au moment de l'embauche, et il suppose donc que cette hypothèse ait été écrite quelque part.

Ce que dit la loi, en deux lignes

L'article L1221-19 du Code du travail fixe les durées maximales pour un contrat à durée indéterminée : deux mois pour les ouvriers et les employés, trois mois pour les agents de maîtrise et les techniciens, quatre mois pour les cadres. Un renouvellement est possible, mais seulement dans les conditions prévues par le Code du travail, qui supposent notamment qu'un accord de branche l'autorise et que la possibilité soit mentionnée par écrit. Sur ce point précis, vérifiez votre convention collective avant de vous engager auprès du salarié, car une clause irrégulière se retourne contre l'employeur.

Retenez surtout l'ordre de grandeur : sur un poste d'employé, vous disposez de huit semaines. Ce n'est pas long, et la moitié se passe avant que la personne soit réellement en situation.

Écrire l'hypothèse avant le premier jour

Une période d'essai n'est exploitable que si vous savez ce que vous vérifiez. Avant l'arrivée, prenez un quart d'heure pour noter trois choses.

Ce que la personne doit savoir faire seule à la fin de l'essai. Pas tout le poste : le noyau. Pour un technicien, conduire une intervention simple de bout en bout sans appeler. Pour un assistant, traiter la facturation d'une semaine sans erreur.

Ce qui vous a fait hésiter à l'embauche. Il y a presque toujours un point. Une expérience courte, un doute sur l'autonomie, une impression de fragilité face au conflit. Ce doute est précisément ce que l'essai doit lever, et l'écrire évite de l'oublier dès que la personne se montre sympathique.

Ce qui serait rédhibitoire. Là aussi, formulez-le avant, quand vous êtes encore lucide.

Ces trois lignes valent tous les tableaux de bord d'intégration du monde. Elles transforment une impression en observation.

Les points d'étape

Trois rendez-vous suffisent, à condition qu'ils aient lieu.

À la fin de la première semaine, l'entretien porte sur l'accueil et sur les malentendus. C'est le moment où l'on découvre que la personne n'a pas compris à qui elle devait rendre compte, ou qu'elle attendait un poste sensiblement différent. Ces malentendus se corrigent en cinq minutes à ce stade, et deviennent des conflits au troisième mois.

À la fin de la troisième semaine, l'entretien porte sur les faits. Que sait-elle faire seule aujourd'hui, sur quoi bute-t-elle, qu'a-t-elle encore besoin d'apprendre. C'est ici que les doutes notés avant l'arrivée doivent être explicitement revisités. Si vous hésitiez sur l'autonomie, il faut avoir mis la personne en situation d'autonomie avant cet entretien, sans quoi vous n'aurez rien appris.

À la fin de la sixième semaine, l'entretien porte sur la décision. À ce stade, dans la grande majorité des cas, vous savez. Le dire est un service rendu aux deux parties.

Les signaux qui comptent, et ceux qui trompent

La lenteur des premières semaines n'est pas un signal. Presque personne n'est bon tout de suite, et une intégration réussie ressemble souvent à un démarrage laborieux.

Ce qui constitue un signal, c'est l'absence de progression d'une semaine sur l'autre sur une tâche déjà expliquée deux fois. C'est aussi la manière dont la personne réagit à une correction : la reçoit-elle, la discute-t-elle, ou la refuse-t-elle en silence pour continuer comme avant. C'est encore sa façon de signaler un problème. Quelqu'un qui masque une erreur pendant trois jours en masquera de plus grandes plus tard, et c'est un trait de comportement beaucoup plus prédictif que la vitesse d'apprentissage.

Attention en revanche à deux pièges de jugement. Le premier est de confondre ressemblance et compétence : on trouve facilement prometteur quelqu'un qui travaille comme nous. Le second est le raisonnement par le coût déjà engagé. Après six semaines de formation, l'idée de recommencer est pénible, et beaucoup de dirigeants prolongent pour cette seule raison. C'est précisément l'erreur la plus onéreuse, puisque chaque mois supplémentaire ajoute au montant que l'on cherchait à ne pas perdre.

Décider, et le dire correctement

Si la décision est positive, dites-le explicitement plutôt que de laisser l'échéance passer en silence. Un salarié à qui l'on dit, en le regardant, que l'essai est concluant et pourquoi, démarre différemment.

Si elle est négative, annoncez-la vous-même, en face, avec deux ou trois faits précis et sans discours. Respectez le délai de prévenance applicable à la situation, qui dépend de l'ancienneté et figure dans le Code du travail. Et évitez la tentation du motif flou : la rupture d'une période d'essai n'a pas à être motivée, mais une phrase honnête sur l'ajustement entre le poste et la personne est plus utile, pour elle comme pour vous, qu'un silence gêné.

Ce que l'essai ne rattrape pas

Une période d'essai bien conduite corrige les erreurs d'appréciation. Elle ne corrige pas les erreurs de cadrage. Si le poste n'a jamais été défini, si les exigences réelles en matière d'autonomie, de relation client ou de tolérance à la pression n'ont jamais été formulées, alors l'essai ne vérifie rien : il enregistre une impression, et la décision finale se prendra sur la même base que le recrutement, c'est-à-dire sur du ressenti.

Le travail utile a donc lieu avant. Écrire ce que le poste demande, évaluer le candidat au regard de ces exigences, consigner les doutes qui subsistent, puis les lever méthodiquement pendant les premières semaines. C'est peu de chose, une heure au total peut-être, et cela transforme un pari en décision.

Cet article donne des repères généraux et ne remplace pas l'avis d'un conseil sur une situation particulière.

Lire aussi